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The Sharing Economy and its social challenges

The Sharing Economy and its social challenges -  21 November 2017

ILO Headquarters, Geneva, Room II

 

Intervenants :

  • Son Excellence Mr Geert Muylle, Ambassadeur et Représentant Permanent de la Belgique
  • Mr Sangeet Paul Choudary, auteur de « Platform Scale/Platform Revolution »
  • Mr Jeremias Prassl, Université d’Oxford
  • Janine Berg, ILO ( Modératrice)
  • Mr Kris Peeters, Vice-Premier ministre et Ministre fédéral de l'Emploi, de l'Économie et des Consommateurs, chargé du Commerce extérieur de la Belgique
  • Mrs Josephine Teo, Ministre au cabinet du Premier Ministre et deuxième ministre pour Main-d'œuvre et affaires intérieures de Singapore
  • Mr Amit Singh, Responsable mondial, politique de travail et recherche, Uber
  • Ms Linda Kromjong, Secretaire General, IOE
  • Mr Philip Jennings, Secretaire General, UNI Global Union
  • Ms Saadia Zahidi, World Economic Forum
  • Mr Guy Ryder, Directeur Général d’ILO
  • Mr Luc Cortebeeck, Président du Conseil d'administration, ILO

 

Introduction :

L'économie du «Gig» (Economie collaborative, économie des petits boulots) est une réalité pour des millions de travailleurs dans le monde entier. Comment les gouvernements, les employeurs et les travailleurs peuvent-ils s'unir pour faire en sorte que le travail sur les plateformes soit un travail décent? Telle était la grande question de ce séminaire organisé par la Mission permanente de la Belgique auprès du Bureau des Nations Unies et des institutions spécialisées à Genève, en partenariat avec le Bureau international du Travail (ILO). Nous synthétiserons ici les grandes idées des présentations des différents intervenants afin d’avoir une vue globale du sujet.  La conférence s’est ouverte avec une introduction de Son Excellence Mr Geert Muylle, Ambassadeur et Représentant Permanent de la Belgique. Il a souligné l’importance de cette nouvelle économie et des impacts sociétaux que celle-ci allait entrainer dans les années à venir.

  • Mr Sangeet Paul Choudary, auteur de « Platform Scale/Platform Revolution » :

Monsieur Choudary a principalement parlé de la révolution du monde des plateformes collaboratives en ligne dont il parle également dans son livre du même nom. Pour lui, l’économie partagée est la révolution de ces dix dernières années. Il s’agit d’un nouveau moyen novateur de réguler l’économie. Cependant, la globalisation et cette nouvelle économie a désormais besoin de règles, d’un cadre clair et d’une protection pour ces travailleurs qui n’existent pas aujourd’hui. Cette situation l’a amené à se poser une question intéressante : L’économie des plateformes (par exemple Uber ou Airbnb) est-elle une autonomisation ou exploitation de l’économie ?

 

Le business model de l’économie des plateformes est clair :

  • Accès aux marchés beaucoup plus efficient.
  • Utilisation de la capacité de réserve.
  • Transparence des données.
  • Influence et image de marque par la marque ou la personne elle-même. C’est sur ce système que les Youtubers et Instagramers fonctionnent.

Dans un modèle d’autonomisation du participant, tout ce système dépend du succès du marché ET du succès du travailleur. Quelle est la nature du travail ? Quel est le contrôle des prix fait par la plateforme ? Est-ce qu’il y a des échanges répétés entre les travailleurs et les clients ? Quelle est la structure du réseau de networking ? S’agit-il de développement pur ou il y a-t-il un pouvoir d’influence de l’une des parties ?

Dans un modèle d’exploitation du participant, l’utilisation du système de réputation est un élément très important car le succès du marché, et donc de la plateforme, est plus important que le succès du travailleur. C’est ce que l’on peut constater dans le cas d’Uber par exemple.

La solution à envisager afin de trouver un juste milieu à cette situation parfois controversée, serait une autonomisation distribuée des participants. Il faut les amener à participer à la différenciation de leur produit sur le marché afin que le marché et le travailleur en sortent gagnants.

  • Mr Jeremias Prassl, Université d’Oxford :

Monsieur Prassl considère qu’il faut désormais voir l’humain comme un service. Mais il y a deux récits concurrents qui l’amènent à cette conclusion. D’un côté, il y a la vision future du travail avec l’entreprenariat, la flexibilité, les emplois de revenu, l’innovation, les nouvelles technologies ou encore les bons produits à des prix réduits. D’un autre côté, il y a l’exploitation médiévale avec  des contrôles du travail très serrés, l’insécurité, le patron très à cheval, les vieux business models, le pouvoir des intermédiaires et la volonté de bannir les plateformes du marché.

Cette vision pourrait paraitre très duale mais Prassl nous avoue que ces deux visions sont bonnes et sont toutes les deux présentes dans le marché : Hétérogénéité des indépendants, les business models évoluent de stables à des relations bilatérales,…

Ce nouveau type d’économie pose également quelques questions d’ordre légal. Certes, il y a des accords contractuels pour les cas faciles mais pour le reste rien n’est encore en place. Il faut donc repenser  les normes que l’on connait actuellement, tant au niveau de la législation sur le travail que du système des taxes et de la sécurité sociale. Il est important de prendre en compte les partenaires sociaux car ce sont véritablement eux qui adoptent en premier l’innovation et les technologies. Pour conclure son propos, c’est ce que Prassl nous conseille. Il faut véritablement embrasser l’innovation et la technologie mais aussi garder les pieds sur terre. En effet, quoi qu’il arrive, quel que soit le business model, quelqu’un travaille quelque part.

  • Mr Kris Peeters, Vice-Premier ministre et Ministre fédéral de l'Emploi, de l'Économie et des Consommateurs, chargé du Commerce extérieur de la Belgique :

Pour Monsieur Peeters, nous sommes face à plusieurs challenges. Tout d’abord, nous sommes face à deux évolutions : La digitalisation de l’économie et l’économie partagée. Nous devons les adopter, les gouvernements doivent les développer et aider leur développement au lieu d’être contre.  Les parties prenantes et les partenaires sociaux doivent prendre ces nouvelles formes d’économie en compte. D’ailleurs, l’Union Européenne est déjà en train de réfléchir à des conditions de travail équitables pour ces travailleurs. Le problème est qu’il y a une zone grise entre les travailleurs et les travailleurs indépendants pour l’instant. Les solutions seraient de mettre des règles quand la situation est claire et de réfléchir à des ajustements de ces mêmes règles lorsque la situation est plus compliquée. Il faut nécessairement adapter nos règles et nos lois à l’économie digitale et à l’économie collaborative. La Belgique veut développer ces nouvelles économies. On réfléchit déjà à une stimulation du dialogue social pour avoir un cadre global clair.

  • Mme Josephine Teo, Ministre au cabinet du Premier Ministre et deuxième ministre pour Main-d'œuvre et affaires intérieures de Singapore :

Pour Madame Teo, la solution résiderait dans les freelancers. C’est ce qu’ils ont décidé de faire à Singapore. En donnant ce statut aux travailleurs de l’économie partagée, elle assure que le système est plus solide et donne un cadre suffisant. Elle a alors donné plusieurs exemples d’application dans son pays.

  • Mr Amit Singh, Responsable mondial, politique de travail et recherche, Uber :

Monsieur Singh nous dit qu’il faut désormais ouvrir le dialogue sur le futur du monde du travail. Pour se faire, il faut également s’intéresser à la législation en matière de classification des emplois. Il est désormais temps de faire place à l’innovation.  Pour lui, les deux mots les plus importants à retenir en matière d’économie partagée sont : flexibilité et indépendance. Dans ce nouveau système économique, le travailleur est valorisé car il est son propre patron et peut décider de ses horaires de travail, le rendant donc très indépendant. De plus, les plateformes permettent au travailleur de contrôler leur charge de travail, de pouvoir mieux appréhender les changements dans leur vie (d’ordre professionnels ou privés), d’avoir une vision transparente de leur travail et d’avoir le contrôle sur ce qu’il gagne. Il s’agit d’une réelle innovation en matière d’emploi et d’une possibilité de faire augmenter les revenus.

Il demande donc aux politiques de favoriser ce nouveau type d’économie qui peut s’avérer très intéressant. Cela peut devenir une possibilité d’emploi entre deux emploi au lieu que les gens restent chez eux à ne rien faire ou au chômage. Cela peut réellement aider à supporter les personnes en transition professionnelle.

  • Mme Linda Kromjong, Secretaire General, IOE :

Madame Kromjong voit l’économie partagée d’une manière très positive. Elle la voit comme une manière de trouver un équilibre travail/vie privée. Pour y arriver, elle préconise un changement de cadre légal mais pour y arriver il faut penser « out of the box ».

  • Mr Philip Jennings, Secretaire General, UNI Global Union :

Monsieur Jennings est un peu agacé par tous ces propos gentillets sur l’économie partagée comme s’il s’agissait d’une révolution.  Pour lui, il faut prendre en compte l’humain derrière tout cela. Nous avons déjà une économie partagée mais rien n’est encore en place pour la supporter et l’accompagner.  Qui supporte les risques d’une telle économie ? La flexibilité n’est pas LA solution pour tout et pour tout le monde, il faut arrêter de se voiler la face. Il a plutôt décidé de prendre le contrepied et invite chacun à stimuler son gouvernement pour qu’ils prennent leurs responsabilités.

  •  Mme Saadia Zahidi, World Economic Forum Union :

Madame Zahidi pense que l’économie collaborative est une bonne forme d’économie surtout quand on regarde l’insécurité du marché du travail actuellement.  Il pourrait s’agir d’une bonne opportunité de donner de nouvelles compétences aux personnes qui le désirent et d’ainsi pouvoir les recruter pour de nouveaux emplois. On parle ici d’un nouveau futur pour le marché du travail dans sa globalité, du futur des formats économiques différents et du futur de nouveaux emplois dans l’industrie.

  • Mr Guy Ryder, Directeur Général d’ILO :

Monsieur Ryder se montre, lui aussi, plus prudent sur le sujet. Il pense que l’économie collaborative peut fonctionner mais cela dépend de ce que l’on en fait. Est-ce qu’il s’agit aujourd’hui d’un marché de niche ? Restera-t-il un marché de niche à l’avenir ? Comment les plateformes économiques peuvent-elles cohabiter avec l’économie actuelle ? Il faut prendre du recul sur l’image actuelle que l’on s’en fait car nous sommes face à un sujet sexy, d’actualité. Il ne faut pas perdre de vue que les relations sont importantes, le processus de socialisation est important et il a peur qu’avec ce genre d’économie, on perde ces sujets de vue.

Conclusion :

Pour conclure, Mr Luc Cortebeeck, Président du Conseil d'administration du Bureau international du Travail (ILO), nous a fait part de ses remarques. Selon lui, il ne faut être trop pessimiste mais plutôt voir cette nouvelle économie comme une manière de challenger le futur du marché du travail. On peut aussi se demander combien de temps est-il possible de travailler comme cela ? Est-ce une bonne solution sur le long terme ? Quelle part cette nouvelle économie occupera-t-elle dans notre économie globale ? Que pouvons-nous faire actuellement ?

Il faut tout regarder dans sa globalité et développer de nouveaux instruments ou adapter ceux que nous avons déjà pour qu’à l’avenir cela puisse fonctionner.